Il glisse sur le
bassin, comme un traîneau blanc, de nuage en nuage. Car il n'a faim
que des nuages floconneux qu'il voit naître, bouger et se perdre
dans l'eau. C'est l'un d'eux qu'il désire. Il le vise du bec et il
plonge tout à coup son col vêtu de neige.
Puis, tel un bras de femme sort d'une manche, il le retire, il n'a
rien. Il regarde : les nuages effarouchés ont disparu.
Il ne reste qu'un instant désabusé, car les nuages tardent peu à
revenir, et, là-bas, où meurent les ondulations de l'eau, en voici
un qui se reforme.
Doucement, sur son léger coussin de plumes, le cygne rame et
s'approche. Il s'épuise à pêcher de vains reflets, et peut-être
qu'il mourra, victime de cette illusion, avant d'attraper un seul
morceau de nuage.
Mais qu'est-ce que je dis ?
Chaque fois qu'il plonge, il fouille du bec la vase nourrissante et
ramène un ver. Il engraisse comme une oie.
Jules Renard










Santounette
sam 10 jan 2009 19:55